Je suis un tyran.
Je mords, je tords, je dors.
Je suis l’inconnu, l’immigré désireux de posséder la terre promise. Je voyagerais de pays en pays pour reprendre ce qui me revient de droit, car je sais me battre. Je serais le conquérant, que vous aimerez puisque vous le craignez. J’essaierais, j’oserais, je cesserais de me domestiquer, et je redeviendrais la bête que j’étais.
Alors, sous les coups de griffe, sous les mains pesantes du monstre, vous cèderez, et le drapeau tombera.
Vous m’appartiendrez, alors que je ne vous possède pas.
Et sous les coups de griffe, sous les mains pesantes du monstre, j’abdiquerais, car tyran je ne suis pas.
Puis, le royaume te reviendra de droit. Car tu es la reine. Et je suis le roi.
Comme un mot qui souhaite sortir de ma bouche, qui irait courir et arracher les robes des filles. Comme une main baladeuse, des regards qui sifflent et des dents qui crissent.
Et la rame métro qui se tord dans un bruit.
J’ai les dents serrées, autour d’un mord. L’envie de froisser le cuir de peau, le réduire, à ma merci, en morceau. Comme un regard qui arrache ses habits, nue jusqu’à l’os. Comme un truc pas joli-joli, mais pas vraiment moche. Comme une bouche, collier autour de l’os. Une main, coincée dans un cul de sac. Ou des doigts fripés sur une bosse. Une épaule agrippée, le mâle manque parfois de tact. Les griffures dans les nerfs, la salive sur son torse, elle lèverait les yeux en l’air, je la regarde pendant qu’elle craque.
Elle allume, une allumette, pour allumer, une clope. J’éteins la lumière, si tu fumes, je te mets à la porte. J’ai comme un truc dans les tripes, un truc qui boîte, un truc dans le froc.
J’aimerai des lettres infidèles qui se mélangent aux mots. Des phrases libertines, hasardeuses accidentelles, de la poésie, un paysage, au loin des animaux.
Je parlerai langue de miel, langue de bois, de feu et d’eau, pour caresser, trahir, enflammer et apaiser ton égo. Les accents toniques seront spirituels, les mots seront comme tes yeux : les plus beaux.
Il y a de l’art dans le hasard, écrire une histoire, sans son héros.
On marche ensemble sous un voile noir, en cherchant notre rôle, et, au bord de la route, nos idéaux. Un récit morne, dans le brouillard, on roule, on rôde, rien de nouveau. Et puis le hasard arrête, panne de l’esprit, la gorge sur le couteau.
On regarde, le vague à l’âme nos désirs partis au large, sur un bateau. En se souhaitant un drame, pour qu’on quitte la route, qu’on se jette à l’eau. Mais le hasard, car c’est ce qui est beau, s’il peut changer la fin de notre histoire, tout comme il change la météo.
Il pourra nous trouver tous deux, et qu’à notre tour, on change le monde, le temps et les mots.
Et, par hasard, je t’invitais. Au bord de la route, sur l’herbe, sous le soleil,
Sur une idée folle, si tu veux, ou, sur un quiproquo..